en Moto GP, les contacts créent des rivalités

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19 h 50, le 14 mai 2022

Fabio Quartararo avait 11 ans lorsqu’il a rencontré Francesco Bagnaia. Leur relation, devenue amicale, n’a pas souffert de l’âpre duel pour le titre mondial en 2021, qui revient finalement au Niçois. Entre eux, les contacts sont réguliers. ” C’est vrairit l’Italien, nous sommes souvent entrés en collision dans la course, n’est-ce pas? » Assis à sa droite dans la suite d’un palace parisien avant le début de la saison, le seul champion du monde MotoGP français acquiesce : « Oui, mais nous roulons proprement. D’autres gars ont clairement de mauvaises intentions. » La conversation s’engage sur le “dirty racing”, ce style de pilotage qui ne renie pas les manœuvres dangereuses.

“Il n’y a pas de conducteur agressif dans cette pièceintervient l’Espagnol Álex Rins, troisième homme autour de la table et le plus expérimenté avec six saisons dans la catégorie reine. C’est un sport de contact mais cinq ou six pilotes sont connus pour le rechercher plus que les autres. » Il cite l’exemple de Silverstone (Angleterre) en août 2021 : ses compatriotes Jorge Martín et Marc Márquez se sont retrouvés à terre après que le premier, débutant dans l’élite, ait osé frôler le second au tour précédent. L’implication dessine le même sourire sur les trois visages.

Márquez, 29 ans, est le pilote actif le plus titré (six fois champion du monde MotoGP, huit fois dans toutes les catégories). C’est aussi l’un des plus belliqueux. En 2015 à Sepang (Malaisie), il a claqué les freins pour gêner Valentino Rossi ; crime de lèse-majesté qui alimente une haine réciproque. Suivront trois affrontements litigieux jusqu’en 2018. L’icône Rossi, neuf fois roi des pistes, explose de rage : l’attitude ” sale “ de son rival aurait simplement ” détruire “ leur discipline. « Si vous avez le malheur de le toucher, sans même vous tromper, Marc fera tout pour vous toucher à son tour »soutient Fabio Quartararo.

Le règlement de la Fédération Internationale de Motocyclisme (FIM) n’interdit pas le contact. Sinon, a justifié son président, “on ne verrait plus des courses mais des cortèges”. Cependant, les gestes inappropriés sont sanctionnés. “D’une part, toucher un concurrent par l’intérieur, c’est propre”explique Álex Rins, aussitôt coupé par le champion du monde : « Sur un autre, il y a Joan Mir ! » Le coéquipier de Rins chez Suzuki a également la réputation d’être téméraire.

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Rossi et la prière miracle

Jusqu’à récemment, le deuxième Français du paddock, Johann Zarco, avait tendance à trop se bousculer. L’entraîneur de Dani Pedrosa, l’une de ses victimes, a exigé des sanctions afin d’empêcher “manœuvres imprudentes”. En 2020, une collision entre Zarco et Franco Morbidelli a failli provoquer un carnage : dans la partie la plus rapide du circuit de Spielberg (Autriche), un accrochage a envoyé les concurrents dans les graviers mais propulsé leurs motos dans les airs ; sans réflexe salutaire, deux autres pilotes auraient été percutés par un engin de 150 kilos lancé à plus de 270 km/h. “Ce soir, on peut aller prier”chuchota Rossi, l’un des survivants du miracle – à l’époque, il avait confondu l’ombre passant au-dessus de sa tête avec celle d’un hélicoptère de télévision.

Les machines sont plus lourdes et les vitesses plus élevées, les pilotes doivent donc être plus conscients du danger

Les gadins ne sont pas l’apanage du risque-tout. A Jerez (Espagne) en 2018, Pedrosa est entré en collision avec Jorge Lorenzo qui a à son tour fauché Andrea Dovizioso. Victime collatérale, ce dernier relativise car, à ses yeux, l’accident avait impliqué “trois des pilotes les plus fair-play” du championnat. Tous ne le sont pas. A leur égard, Fabio Quartararo assume être rancunier. « En MotoGP, les machines sont plus lourdes et les vitesses plus élevées.rappelle Yamaha numéro 20, les pilotes devraient donc être plus conscients du danger. »

Selon Francesco Bagnaia, c’est le cas d’une majorité d’entre eux cette saison, qui passe aujourd’hui par Le Mans pour le Grand Prix de France (14h, Canal +, C8). Il dit qu’il a vu “plus de gestes inappropriés” en Moto3, une catégorie intermédiaire où il s’est essayé entre 2013 et 2016. Son bourreau ? Le basque Efrén Vazquez. « Il ne manquait jamais une occasion de me toucher, rembobiner le vice-champion du monde, toujours en colère. Croyez-moi, à ce niveau, les contacts sont encore plus désastreux. »

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